Schéma éditorial original : services accessibles, protection effective, place pour la justice. Critères proposés, pas un résultat observé. Hernan Desriaux,8novembre2026.

ÉDITORIAL : empêcher les gangs de recruter doit devenir une priorité mesurable

Hernan Desriaux

Reprendre un territoire ne suffit pas si les groupes armés peuvent y recruter de nouveaux membres. La prévention et la réinsertion doivent avoir des responsables identifiés, des moyens vérifiables et des résultats évalués, tout en laissant sa place à la justice.

La question mérite mieux qu’une opposition entre fermeté et action sociale. Les habitants ont besoin d’être protégés maintenant. Ils ont aussi besoin que les mêmes violences ne se reconstituent pas après une opération. Une politique de sécurité crédible doit répondre aux deux exigences. Nous défendons donc une priorité : rendre concrète et mesurable la prévention du recrutement, plutôt que la laisser au rang de promesse accompagnant les interventions armées.

Le point de départ est une annonce, pas un résultat. Le Médiateur rapporte, dans son article du 6 novembre, le lancement par la CNDDR, le 4 novembre, d’assises consacrées au désarmement, au démantèlement, à la prévention et à la réinsertion. Le compte rendu présente des consultations associant institutions, communautés et partenaires. Il ne démontre ni la réduction du recrutement ni la réussite d’un parcours de sortie. Cette distinction doit guider notre jugement.

Le mécanisme à examiner est simple. Lorsqu’une famille ne peut plus accéder à une école, à un revenu ou à une protection fiable, sa capacité à soustraire un jeune aux pressions d’un groupe armé peut s’affaiblir. Cela ne signifie pas que la pauvreté conduise automatiquement à la violence. La contrainte, les menaces, les réseaux de pouvoir et les choix des recruteurs comptent aussi. Une réponse utile doit identifier ces obstacles dans chaque communauté, au lieu d’imaginer un programme identique partout.

Il faudrait donc demander aux responsables des engagements précis. Quels services seront effectivement accessibles ? Qui assurera la continuité scolaire, l’accompagnement social et la protection des personnes exposées aux représailles ? Comment les habitants pourront-ils signaler un problème sans être mis en danger ? Une enveloppe annoncée ou une cérémonie de lancement ne répondent pas à ces questions. Notre critère devrait être la possibilité réelle d’utiliser un service et d’y rester.

La réinsertion soulève une autre exigence : ne pas confondre les situations. Un enfant recruté ou contraint, une personne cherchant à quitter un réseau et un responsable soupçonné d’avoir organisé des crimes ne posent pas les mêmes questions. Nous demandons des parcours différenciés, des décisions motivées et un suivi indépendant. Cette position ne décrit pas un dispositif déjà appliqué. Elle fixe les conditions auxquelles une politique devrait être évaluée.

L’objection la plus forte est évidente : proposer un accompagnement peut donner le sentiment que l’État récompense ceux qui ont rejoint les groupes armés, pendant que les victimes restent sans aide. Ce risque est sérieux. La réponse serait de prévoir aussi des services pour les victimes et les communautés, avec des critères publics et des mécanismes de recours. Une aide qui contourne durablement les habitants les plus touchés pourrait détruire la confiance nécessaire à sa réussite.

Autre objection : sans sécurité minimale, les travailleurs sociaux, les enseignants et les bénéficiaires ne peuvent pas agir. C’est précisément pourquoi prévention, protection et justice doivent être coordonnées. L’action sociale ne dispense pas de protéger un quartier. Une opération armée ne démontre pas, à elle seule, que l’école, les soins et les possibilités de travail y sont rétablis. Les responsabilités doivent être organisées ensemble, avec des limites et des contrôles.

Nous jugerions ce choix autrement si des évaluations solides montraient que les moyens engagés n’atteignent pas les personnes visées, alimentent de nouveaux réseaux ou exposent davantage les bénéficiaires. Il faudrait alors corriger le dispositif, voire interrompre ses composantes défaillantes. Pour l’instant, l’annonce des assises ouvre une question de politique publique. Elle appelle des preuves d’exécution. La sécurité durable exige que l’on mesure aussi les recrutements évités et les sorties qui tiennent dans le temps.

Sources : Le Médiateur, 6 novembre 2026, compte rendu du lancement des assises CNDDR du 4 novembre. Les propositions et critères d’évaluation de cet éditorial expriment un jugement de la rédaction, pas un bilan de mise en œuvre. Visuel : schéma original Haiti OSINT, critères proposés et non résultats observés.

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