Coup de tonnerre : Washington enterre la loi HOPE/HELP, pilier de l’économie haïtienne

Un choc pour l’industrie textile haïtienne

Depuis ce 1er octobre 2025, Haïti se retrouve brutalement privé d’un des rares leviers économiques qui soutenaient encore son fragile équilibre. La loi américaine HOPE/HELP, qui permettait au textile haïtien d’entrer sur le marché des États-Unis sans droits de douane, a expiré sans être reconduite.
Un séisme économique pour un secteur qui représente près de 90 % des exportations du pays et fait vivre plus de 50 000 familles.


Qu’est-ce que la loi HOPE/HELP ?

Adoptée par le Congrès américain en plusieurs étapes – HOPE I (2006), HOPE II (2008) et enfin HELP (2010) après le séisme – cette législation accordait aux vêtements produits en Haïti un accès préférentiel au marché américain.
En clair : les usines haïtiennes pouvaient exporter leurs produits sans payer les lourds droits de douane (20 à 30 % en moyenne), à condition de respecter certaines règles :

assemblage effectué en Haïti ;

quotas de production fixés chaque année ;

respect des normes internationales du travail, supervisées par l’OIT ;

mécanisme dit « Earned Import Allowance » (2 pour 1) permettant aux usines d’exporter librement un volume donné si elles importaient une quantité équivalente de tissu américain.


Ces avantages ont permis au pays d’attirer des investissements étrangers, de développer des zones franches comme CODEVI à Ouanaminthe et de devenir un fournisseur stratégique pour de grandes marques américaines.


Des résultats tangibles mais fragiles

En vingt ans, HOPE/HELP a transformé le textile en première source de devises pour Haïti.

Les exportations sont passées de 231 millions USD en 2001 à près d’un milliard USD en 2021.

Le secteur représentait 90 % des exportations totales et plus de 50 000 emplois directs, dans un pays où le chômage reste massif.

Les États-Unis en étaient les principaux bénéficiaires, puisque la majorité des tissus utilisés étaient importés d’Amérique avant d’être transformés en Haïti.


Mais le système restait fragile : dépendance quasi exclusive au marché américain, insécurité croissante, coupures d’électricité, et pression constante des grandes marques sur les coûts.


Une défaite diplomatique retentissante

À Port-au-Prince, la fin de HOPE/HELP est vécue comme un camouflet pour le Conseil présidentiel de transition (CPT) et pour le ministre des Affaires étrangères, Harvel Jean-Baptiste, qui avait multiplié les déplacements à Washington pour plaider la cause haïtienne.

Le choix de Leslie Délatour comme ambassadeur aux États-Unis, censé capitaliser sur son rôle historique dans le plaidoyer pour HOPE, n’a pas suffi. Pas plus que le lobbying mené par le président du CPT, Laurent Saint-Cyr, accompagné de son beau-père Pierre Marie Boisson.
Résultat : le Congrès n’a pas adopté à temps la loi H.R. 5035 qui devait prolonger le dispositif jusqu’en 2035.

Un échec d’autant plus amer que plusieurs parlementaires américains, républicains comme démocrates, avaient souligné l’importance du programme pour stabiliser Haïti et contrer l’influence asiatique dans le textile.

Les conséquences d’un arrêt brutal

La fin de HOPE/HELP signifie que les exportations haïtiennes vers les États-Unis seront désormais soumises à des droits de douane pouvant atteindre 30 %.
Conséquences directes :

perte de compétitivité face aux concurrents asiatiques et centraméricains ;

fermetures d’usines prévues dès la fin de l’année ;

dizaines de milliers d’emplois menacés dans un pays déjà plongé dans la crise humanitaire et sécuritaire ;

risque d’effondrement du secteur textile, dernier pilier industriel encore debout.


Un signal catastrophique pour une économie haïtienne déjà sinistrée : sans HOPE/HELP, le pays perd son dernier atout dans le commerce international.


Vers quel avenir ?

Certains espèrent encore un sursaut au Congrès américain, sous la pression des grandes marques ou des lobbys humanitaires. D’autres appellent à une diversification économique, loin d’une dépendance unique au textile.

Mais à court terme, l’arrêt de HOPE/HELP marque un tournant historique : celui de l’abandon du dernier moteur industriel d’Haïti.
Un pays qui, plus que jamais, se retrouve livré à lui-même.

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