Depuis la nuit dernière, une nouvelle secousse politique secoue une transition déjà moribonde. Le Conseil présidentiel de transition (CPT) aurait engagé des démarches visant à écarter le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Une initiative aussitôt suivie d’une note ferme de l’ambassade des États-Unis, avertissant qu’aucune action ne devait être entreprise contre le gouvernement en place.
Le message est clair, et surtout lourd de sens : le dernier mot ne se décide pas à Port-au-Prince, mais ailleurs.
Une transition instrumentalisée
Officiellement, le CPT affirme que ces manœuvres s’inscrivent dans une logique de « réajustement » afin de faciliter une nouvelle phase de transition. Mais cette justification peine à convaincre. Pour de nombreux observateurs, il s’agit avant tout d’un repositionnement stratégique, dicté par des intérêts politiques, économiques et personnels, bien plus que par une réelle volonté de sauver le pays.
Dans les faits, la transition actuelle n’a apporté ni sécurité, ni gouvernance efficace, ni perspective crédible de sortie de crise. Les gangs étendent leur contrôle, l’économie s’effondre, la misère s’intensifie et l’État continue de perdre toute autorité réelle sur le territoire.
Alix Didier Fils-Aimé, un Premier ministre sous protection
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé apparaît, une fois de plus, comme le poulain diplomatique des États-Unis. Pour la énième fois, toute tentative visant à le renvoyer est stoppée net par l’intervention américaine. Cette constance soulève une question centrale :
👉 s’agit-il de défendre la stabilité d’Haïti ou de préserver un interlocuteur jugé “fiable” par Washington ?
Car sur le terrain, le bilan est accablant. Aucun secteur n’échappe à l’échec : sécurité, gouvernance, services publics, dialogue national. Le gouvernement, dans son ensemble, donne l’image d’une structure paralysée, déconnectée des réalités quotidiennes de la population.
L’intérêt du peuple ou l’intérêt géopolitique ?
La question n’est plus de savoir qui gouverne, mais pour qui. Lorsque des décisions politiques majeures sont bloquées par des acteurs étrangers, lorsque la souveraineté est suspendue à des communiqués diplomatiques, il devient difficile de parler d’un processus réellement haïtien.
Le peuple, lui, continue de payer le prix fort :
– insécurité permanente,
– déplacements forcés,
– pauvreté extrême,
– absence totale de perspectives.
Une transition sans légitimité, un avenir confisqué
Ce nouvel épisode confirme une réalité brutale : la transition actuelle a échoué, et elle persiste non par efficacité, mais par soutien extérieur. Tant que les intérêts géopolitiques primeront sur la volonté populaire, Haïti restera prisonnière d’un cycle de crises sans fin.
La stabilité imposée de l’extérieur n’est pas une solution.
C’est un sursis.
Et pendant ce temps, le pays continue de sombrer.
