
Une convocation disciplinaire a été émise à l’encontre de quatre avocats du Barreau de Port-au-Prince, à savoir Me Iswick Theophin, Me Jusnel Jean, Me Jacques Lunay et Me Jodel Hyppias. Ces derniers sont appelés à comparaître le mercredi 30 juillet 2025 à midi devant le Conseil de Discipline, à la suite d’une plainte déposée par nul autre que le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince en la personne de Frantz Monclair.
Cette démarche survient quelques jours après que ces hommes de loi ont pris une position ferme en exigeant publiquement la révocation du Commissaire, l’accusant de manquements répétés, d’ingérences abusives et de manœuvres incompatibles avec l’éthique de la justice. Ils dénonçaient notamment les pressions politiques et les atteintes aux droits fondamentaux exercées dans le traitement de plusieurs dossiers sensibles.
Plutôt que de répondre aux préoccupations exprimées par ces avocats, le Commissaire semble avoir choisi la voie de la répression. En initiant des procédures disciplinaires contre eux, il tente, selon plusieurs observateurs, de faire taire les voix critiques et d’intimider ceux qui osent réclamer un redressement institutionnel.
Mais ce qui choque davantage dans cette affaire, c’est l’attitude du Conseil de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince. En prenant acte de la plainte sans nuance ni réserve, et en convoquant ces avocats au Conseil de Discipline, le Barreau apparaît comme cautionnant indirectement les dérives dénoncées. Certains y voient une forme d’abandon de la mission première de l’Ordre : défendre l’indépendance de la profession et protéger ses membres contre toute forme de persécution ou d’instrumentalisation politique.
Le climat actuel au sein du Barreau soulève de sérieuses interrogations sur la liberté d’expression des avocats, la protection de leurs droits professionnels et la capacité des institutions à résister aux pressions extérieures. La solidarité de la corporation sera-t-elle à la hauteur des défis que traversent ces avocats engagés ? Ou faudra-t-il conclure que, dans le contexte haïtien, réclamer la justice est désormais devenu une faute ?
