Alors que la majorité du peuple haïtien peine à trouver un repas par jour, une facture devenue virale sur les réseaux sociaux soulève l’indignation générale. Selon une publication de l’internaute et journaliste Djovany Michel, le Conseiller présidentiel Louis Gérald Gilles aurait dépensé plus d’un million de gourdes (HTG 1 058 650) en repas, sur une seule période de trente jours, dans un seul restaurant : BèlBak Fast Food, situé à Delmas 33.
Des chiffres qui donnent la nausée
La facture, datée du 31 mai 2024, indique clairement :
Petit-déjeuner : 8 repas à 350 HTG → 2 800 HTG
Lunch : 8 repas à 1 250 HTG → 10 000 HTG
Souper : 4 repas à 300 HTG → 1 200 HTG
Frais de livraison : 31 livraisons à 650 HTG → 20 150 HTG
Le total journalier s’élèverait à 34 150 gourdes, soit plus d’un million (1 058 650 gourdes) pour le mois entier.
Un million de gourdes pour de la nourriture, dans un pays où le salaire minimum officiel n’atteint même pas 1 000 gourdes par jour, et où des familles entières survivent avec moins de 200 gourdes quotidiennes.
Pendant que le peuple compte les pièces pour acheter du riz ou un peu d’huile, certains festoient avec l’argent de l’État — l’argent du peuple.
Une insulte à la misère nationale
Cette facture n’est pas seulement un document comptable, elle symbolise le gouffre moral et social entre la classe dirigeante et la population.
En pleine crise humanitaire, alors que les écoles publiques ferment faute de moyens, que les hôpitaux manquent de médicaments et que des milliers de déplacés vivent dans des camps de fortune, un haut fonctionnaire de l’État consacre plus de 30 000 gourdes par jour à ses repas.
Le contraste est cruel. Il met en lumière cette culture de privilège et d’indifférence qui gangrène l’administration haïtienne depuis des décennies.
Pendant que le pays brûle, certains dînent aux frais de la misère.
Où est la transparence ?
La facture, émise par BèlBak Fast Food, mentionne bien le nom du “Conseiller Présidentiel Louis Gérald Gilles”.
Mais aucune justification officielle n’a encore été apportée quant à la nature de cette dépense :
Était-ce un budget personnel ou institutionnel ?
A-t-elle été réglée sur les fonds publics ?
Et surtout, combien d’autres factures du même genre dorment encore dans les tiroirs des institutions publiques ?
Cette affaire pose une fois de plus la question cruciale de la redevabilité et de la transparence dans la gestion des fonds publics. Car si un seul conseiller peut dépenser une telle somme en repas, que dire du train de vie global de la Présidence ?
Pendant ce temps…
Pendant que certains se régalent de plats raffinés, des mères à Carrefour-Feuilles, Martissant, Cité Soleil ou Ouanaminthe cherchent comment nourrir leurs enfants.
Pendant qu’on signe des factures à sept chiffres pour du fast-food, les fonctionnaires des hôpitaux attendent leur salaire, les enseignants réclament leurs arriérés, et les déplacés de la guerre des gangs meurent de faim sous les tentes.
Haïti mérite mieux
Ce scandale est plus qu’une anecdote : c’est un miroir du système.
Un système où la misère du peuple sert de carburant à la richesse de quelques privilégiés.
Un système où la corruption n’est plus un scandale, mais une habitude.
Haïti n’a pas besoin de nouveaux slogans, mais de reddition de comptes.
Le peuple haïtien mérite de savoir comment est dépensé chaque gourde issue de ses impôts, de son travail, et parfois même de son sang.
