
En Haïti, l’insécurité galopante a contraint des milliers de familles à fuir leurs domiciles, transformant des écoles fonctionnelles, et d’autres bâtiments publics en camps improvisés. Dans ces abris de fortune, l’insalubrité, la promiscuité et la précarité font désormais partie du quotidien. Pour tenter d’apporter une réponse, l’État haïtien, en partenariat avec des organismes comme le FAES, l’OIM et l’ONM, a lancé un programme de relocalisation basé sur une aide financière directe. Mais suffit-il de donner un chèque pour reconstruire une vie dans un pays où l’insécurité gagne du terrain chaque jour ?
Des chèques pour partir, mais aller où ?
Depuis quelques semaines, plusieurs familles déplacées ont reçu des chèques d’un montant allant jusqu’à 100 000 gourdes dans le but de se reloger et de quitter les sites surpeuplés. L’intention est noble, mais rapidement confrontée à la réalité du terrain.
Les quartiers où un logement reste abordable sont pour la plupart sous le contrôle de groupes armés. Des zones comme Carrefour feuilles, Canaan, Croix-des-Bouquets ou encore Solino sont devenues des bastions de groupes criminels lourdement armés. Accepter ce chèque signifie donc, pour certains, revenir s’installer dans une zone qu’ils ont fui, au risque d’y perdre à nouveau leur vie ou leurs biens.
Choix impossible : rester dans la misère ou retourner dans la peur
De nombreux déplacés témoignent de leur peur. « Avec 100 000 gourdes, tu ne vas pas à Pétion-Ville. Tu dois retourner à Croix-des-Bouquets, mais là-bas, c’est Lanmò San Jou qui commande… », confie une mère de famille rencontrée à Delmas 33.
Dans plusieurs cas, les gens refusent même de toucher les chèques, faute de solution sécuritaire ou de logement alternatif crédible. Sans un accompagnement sérieux, ces aides risquent de devenir inutiles, voire dangereuses.
Des nouveaux déplacés chaque jour
Même en relocalisant certaines familles, la situation reste critique. Chaque jour, de nouveaux déplacés affluent vers des sites déjà surchargés, fuyant les violences et la terreur provoquées par les gangs armés. La semaine écoulée, de nombreuses familles ont quitté précipitamment leurs foyers dans l’Artibonite, tandis qu’à Tabarre, plusieurs habitants ont également été contraints de fuir face à la montée de l’insécurité.
Les efforts déployés par les autorités et les acteurs humanitaires ressemblent de plus en plus à une course contre une vague toujours grandissante. Tant que les causes profondes de cette crise ne seront pas traitées de manière structurelle, le nombre de déplacés ne cessera d’augmenter.
Reloger sans sécuriser, une illusion ?
Il ne suffit pas de déplacer des personnes d’un point A à un point B. Sans désarmement, sans contrôle du territoire, sans reconquête des zones perdues, aucun plan de relocalisation ne sera durable. L’État qui doit garantir un minimum de stabilité.
Conclusion :
L’aide financière est un signal d’espoir, mais elle reste incomplète, fragile et provisoire dans un contexte de violence chronique. Tant que l’État n’aura pas repris le contrôle sur les territoires abandonnés aux gangs, les 100 000 gourdes ne suffiront pas à garantir une vie nouvelle. La priorité doit être claire : sécuriser d’abord, reloger ensuite.
