Gangs, taxes et mercenaires : le controversé plan d’Erik Prince en Haïti

Port-au-Prince, 14 août 2025 – Haïti est au cœur d’une controverse internationale. Erik Prince, fondateur de la célèbre société militaire privée Blackwater et proche de l’ancien président américain Donald Trump, a annoncé avoir signé un contrat de 10 ans avec le gouvernement haïtien. Sa société, Vectus Global, aura pour mission de lutter contre les gangs armés et, à terme, de mettre en place un système de collecte des taxes à la frontière avec la République dominicaine.


Un contrat aux contours flous

Dans son entretien exclusif avec Reuters, Erik Prince ne divulgue ni le montant payé par l’État haïtien ni les recettes fiscales attendues. Le gouvernement haïtien, représenté par le président du Conseil présidentiel de transition Laurent Saint-Cyr, n’a pas répondu aux sollicitations, pas plus que ses prédécesseurs.

Signé en mars 2025, le contrat prévoit un déploiement progressif :

Des drones pour surveiller les zones sensibles,

Plusieurs centaines de combattants étrangers,

Hélicoptères et bateaux pour sécuriser routes commerciales et zones frontalières.


Le volet fiscal consiste à instaurer un système de collecte des taxes sur les importations transfrontalières, dans le but de compenser les pertes liées aux activités des gangs.


Réactions et critiques

L’annonce a immédiatement suscité de vives réactions :

Des ONG et experts en sécurité alertent sur les risques de violations des droits humains et le manque de transparence.

Ils dénoncent la possible création d’une gouvernance parallèle qui pourrait affaiblir les institutions étatiques.


Cette initiative survient alors que la violence en Haïti atteint des niveaux alarmants : en 2025, plus de 3 100 personnes ont été tuées et 1,3 million déplacées à cause des affrontements entre gangs, notamment l’alliance Viv Ansanm, qui contrôle une grande partie de Port-au-Prince.


Inspiré de modèles étrangers

Erik Prince a déjà été impliqué dans des contrats similaires, notamment en République démocratique du Congo, pour sécuriser les ressources minières et organiser la collecte de taxes dans des zones instables. Toutefois, ces projets ont été confrontés à la corruption et à l’instabilité politique, soulignant la difficulté de tels accords.


Perspectives et enjeux

Le succès du projet haïtien dépendra de la capacité de Vectus Global à :

Stabiliser les zones clés,

Mettre en place un système fiscal efficace,

Collaborer avec les forces locales tout en respectant la souveraineté nationale.


Si l’accord se concrétise, Haïti pourrait temporairement réduire la violence et améliorer ses recettes fiscales. Mais le recours à une société militaire privée étrangère soulève des questions cruciales sur la durabilité et la souveraineté de l’État.

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