Kinshasa est en ébullition. Vendredi 22 août 2025, le ministère public congolais a réclamé la peine capitale contre l’ancien président Joseph Kabila, jugé par contumace par la Haute cour militaire. Celui qui a dirigé la République démocratique du Congo pendant 18 ans est aujourd’hui accusé des crimes les plus graves :
Crimes de guerre
Trahison
Organisation d’un mouvement insurrectionnel
À ces chefs d’accusation s’ajoutent des peines complémentaires : 20 ans de prison pour apologie de crimes de guerre et 15 ans pour complot.
Un procès hors norme, symbole d’un séisme politique
Le procès de Joseph Kabila s’est ouvert le 25 juillet 2025, une première historique dans un pays où les anciens chefs d’État bénéficiaient jusque-là d’une certaine immunité tacite. Tout a basculé en mai, lorsque le Sénat congolais a levé son immunité, ouvrant la voie à des poursuites spectaculaires.
Kabila est accusé d’avoir collaboré avec le M23, un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda et tristement célèbre pour ses exactions dans l’est du pays. Pire encore, il est présenté par les procureurs comme l’un des instigateurs de l’Alliance fleuve Congo (AFC), une branche politique du M23, soupçonnée de préparer un coup d’État contre le régime de Félix Tshisekedi.

Où est Joseph Kabila ?
La question hante l’opinion. Après un exil prolongé en Afrique du Sud depuis fin 2023, Kabila a surpris le monde en mai 2025 en réapparaissant à Goma, bastion du M23. Il y a tenu des rencontres discrètes avec des responsables religieux et politiques, alimentant les soupçons de collusion. Depuis, son emplacement exact reste incertain, entre rumeurs d’un retour clandestin et hypothèse d’un nouveau départ vers l’étranger.
Un pays divisé, une justice sous tension
La décision du parquet provoque des réactions contrastées. Le PPRD, parti de Kabila, dénonce une « mise en scène politique » et accuse Tshisekedi d’instrumentaliser la justice pour écarter un rival. De leur côté, les provinces de l’est — Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri —, ravagées par les violences, se sont constituées parties civiles et réclament des réparations financières.
Le climat est d’autant plus explosif que la RDC a levé en 2024 le moratoire sur la peine de mort, en vigueur depuis 2003, ouvrant ainsi la voie à une sanction ultime qui pourrait marquer l’histoire judiciaire du pays.
Un dossier qui dépasse les frontières
Au-delà du choc politique interne, ce procès soulève des enjeux régionaux et internationaux. Le M23 est accusé de crimes contre l’humanité : massacres, viols, recrutement d’enfants soldats. Des organisations comme Human Rights Watch, Amnesty International et l’ONU ont régulièrement pointé sa responsabilité. Si l’implication de Kabila se confirmait, ce serait une onde de choc mondiale, entachant définitivement l’héritage d’un homme qui se présentait autrefois comme le pacificateur du Congo.
Un procès de tous les dangers
L’issue de ce procès hors norme reste incertaine. Entre vérité judiciaire et règlements de comptes politiques, entre espoir de justice pour les victimes et craintes d’instrumentalisation, le destin de Joseph Kabila est désormais suspendu aux délibérations de la Haute cour militaire.
Une chose est sûre : jamais la RDC n’avait connu un tel séisme judiciaire, où l’ombre d’un ancien président plane sur le banc des accusés pour crimes de guerre.
