Le grenier d’Haïti brûle, sous les rafales des armes automatiques. Des gangs lourdement armés sèment la terreur dans la plus vaste plaine rizicole du pays, détruisant des hectares de plantations et plongeant les cultivateurs dans l’angoisse. Là où, autrefois, la terre nourrissait le peuple, elle devient aujourd’hui le théâtre d’une guerre silencieuse.
Chavannes Jean-Baptiste, leader du Mouvement des Paysans de Papaye (MPP), ne mâche pas ses mots :
« Il s’agit d’un plan d’extermination du monde paysan. On veut détruire nos terres pour mieux implanter des zones franches et des projets miniers. »
Les attaques, loin d’être aléatoires, suivent une logique inquiétante. Les zones visées — Desarmes, Verrettes, Petite-Rivière — sont précisément celles qui concentrent la plus forte production rizicole du pays.
Derrière cette violence, beaucoup voient la main d’intérêts occultes. Une main cachée, qui dicterait aux gangs les cibles à frapper, les zones à déstabiliser, les populations à pousser à l’exode.
Ce n’est plus seulement une guerre territoriale, mais une guerre économique : celle qui vise à affamer le pays en détruisant sa base agricole. Les balles ne tuent plus seulement des hommes, elles anéantissent la capacité d’Haïti à se nourrir elle-même.
Malgré tout, les paysans résistent.
Sous la menace, ils continuent de labourer, de semer, de rêver d’une récolte qui ne viendra peut-être pas.
« Si nous quittons la terre, c’est la mort assurée », confie un cultivateur de L’Estère, les yeux rougis par la poussière et la peur.
Le MPP appelle à la solidarité nationale, à la défense du patrimoine foncier et à la protection des cultivateurs. Car au-delà des champs incendiés, c’est la souveraineté alimentaire d’un peuple entier qui vacille.
Aujourd’hui, dans la vallée de l’Artibonite, les armes parlent plus fort que le vent dans les rizières.
Mais si la terre est attaquée, c’est qu’elle a encore de la valeur — et qu’il reste quelque chose à défendre.
