Le 13 janvier 2025, le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) lançait en grande pompe un vaste processus de recrutement. Objectif : renforcer l’administration publique et donner une chance aux jeunes talents de servir l’État.
Sur le papier, tout semblait limpide. Dans la réalité, le dossier s’est embourbé dans les méandres d’une bureaucratie endormie.
Après la phase écrite tenue du 2 au 17 juin, 381 candidats sur 822 ont été retenus pour les entretiens oraux, menés du 29 juillet au 28 août. Depuis ? Silence radio.
Aucune communication officielle. Aucun résultat publié. Aucune explication donnée.
Et pourtant, des centaines de candidats – juristes, comptables, économistes, ingénieurs, réceptionnistes, inspecteurs fiscaux – continuent d’espérer une réponse qui ne vient pas.
“Nous avons tout donné, étudié, passé les épreuves dans les règles. Et depuis août, plus rien. Ni message, ni communiqué, ni transparence”, confie une candidate visiblement épuisée par l’attente.
Des dossiers qui dorment, des vies suspendues
Dans les couloirs du ministère, les dossiers s’empilent.
Mais dehors, ce sont des vies qui stagnent.
Des pères et mères sans emploi, des jeunes diplômés frustrés, des professionnels qui avaient osé croire que le mérite pouvait, pour une fois, primer sur le piston.
La question se pose avec insistance :
Le recrutement public en Haïti repose-t-il encore sur la compétence ou sur la recommandation politique ?
Faut-il être “parrainé” par une main invisible pour intégrer un bureau de l’État ?
Pourquoi tant d’opacité dans un processus censé être transparent et méritocratique ?
Méritocratie ou favoritisme d’État ?
Selon plusieurs témoignages recueillis sous couvert d’anonymat, certaines voix internes au MEF évoquent des pressions politiques et des listes parallèles venues de “plus haut”.
Le ministère, de son côté, garde le silence.
Pendant ce temps, le chômage grimpe, les frustrations explosent, et la confiance envers les institutions publiques s’effrite un peu plus chaque jour.
“On parle de réforme de l’administration publique, mais comment réformer sans justice, sans transparence, sans parole donnée ?” s’interroge un juriste participant au concours.
Quand l’État perd sa parole, la jeunesse perd espoir
Au-delà du simple retard administratif, cette inertie révèle un symptôme plus profond : un État déconnecté des réalités sociales.
Car chaque jour de silence est un jour d’angoisse pour ces candidats qui attendent, prient et espèrent.
Le slogan du MEF prône “la rigueur et la transparence dans la gestion publique”.
Mais où est la transparence quand des citoyens qualifiés, après des mois d’efforts, restent sans la moindre information officielle ?
Dans les couloirs du ministère, les dossiers dorment.
Mais dehors, ce sont des rêves qui s’éteignent.
