À Port-au-Prince, un geste aussi banal que boire de l’eau peut désormais mettre la vie en danger. Derrière les sachets d’eau vendus à chaque coin de rue se cache une réalité inquiétante : une grande partie de cette eau ne respecte pas les normes sanitaires en vigueur, exposant la population à des risques graves et invisibles.
Cette alerte provient d’une étude officielle rendue publique le vendredi 30 janvier 2026 par le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI). Les résultats ont été présentés lors d’un atelier de restitution organisé à l’hôtel Montana, en collaboration avec la Direction du Contrôle de la Qualité et de la Protection du Consommateur (DCQPC).
Menée entre août 2025 et janvier 2026, l’enquête révèle un constat alarmant : plus de 92 % des sachets d’eau analysés sont jugés non conformes. Dans la majorité des cas, les producteurs opèrent en dehors de tout cadre légal. Absence d’enregistrement officiel, étiquetage défaillant ou inexistant, manque de traçabilité : autant de manquements qui empêchent les consommateurs de savoir ce qu’ils boivent réellement.
Au-delà des infractions commerciales, les autorités soulignent un enjeu majeur de santé publique. L’accès à une eau potable sûre est un droit fondamental, reconnu par les conventions internationales et la législation haïtienne. Pourtant, dans un contexte de précarité généralisée, des milliers de familles n’ont d’autre choix que de consommer une eau potentiellement dangereuse, faute d’alternative fiable.
Lors de la présentation des résultats, le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, a insisté sur la responsabilité des opérateurs économiques. S’il reconnaît le rôle essentiel du secteur privé dans l’emploi et l’approvisionnement du marché, il a clairement averti que le profit ne peut justifier la mise en danger de la vie humaine.
Face à l’ampleur des dérives constatées, le MCI annonce un durcissement des mécanismes de contrôle et de régulation, en coordination avec les institutions concernées. Les conclusions de cette étude serviront de base à des actions futures visant à assainir le marché de l’eau de consommation dans la région métropolitaine.
En attendant des mesures concrètes, une réalité demeure : quand l’eau censée sauver devient une menace silencieuse, c’est toute une société qui est en danger.
