Alors que le pays s’enfonce dans une crise sécuritaire, économique et institutionnelle sans précédent, des acteurs privés puissants semblent tirer profit du chaos. Dans le ciel comme au principal port du pays, les mêmes mécanismes se répètent : absence de contrôle étatique, contrats opaques, services dénoncés par les usagers et enrichissement concentré entre quelques mains.
Le ciel haïtien sous contrôle quasi exclusif
Selon plusieurs observateurs du secteur aérien, Sunrise Airways, dirigée par Philippe Bayard, aurait progressivement écarté toute concurrence sur certaines liaisons internes, profitant directement de l’insécurité généralisée.
En l’absence de régulation efficace de l’État, la compagnie fixerait ses tarifs sans réel encadrement, imposant aux passagers des prix élevés pour un service que beaucoup jugent médiocre. Témoignages récurrents :
bagages égarés ou disparus,
retards fréquents,
réclamations restées sans réponse,
service client quasi inexistant.
Le silence prolongé de la compagnie face aux plaintes publiques et l’inaction apparente des autorités compétentes soulèvent de sérieuses questions sur la capacité — ou la volonté — de l’État à protéger les consommateurs.
Le port de Port-au-Prince : une rente privée sur un secteur stratégique
Le même schéma se dessine au port de Port-au-Prince, principale porte d’entrée commerciale du pays. Selon des contrats largement critiqués par des analystes économiques et juridiques, le contrôle effectif du port aurait été abandonné à des intérêts privés, notamment ceux liés à Édouard Baussan.
D’après les termes dénoncés par plusieurs sources :
chaque conteneur serait taxé 1 000 dollars américains,
l’État ne percevrait qu’environ 15 dollars par conteneur,
le contrat s’étendrait sur plus de 30 ans.
Un déséquilibre jugé scandaleux par de nombreux observateurs, d’autant plus que des marchandises toxiques, illégales ou non déclarées continueraient d’entrer sur le territoire sans contrôles rigoureux, au mépris de la santé publique et de la sécurité nationale.
Une même logique, un même système
Derrière ces deux dossiers — aviation et port — un constat revient avec insistance :
une oligarchie économique qui infiltre l’appareil d’État, influence les décisions publiques, verrouille les secteurs stratégiques et transforme les crises nationales en opportunités privées.
Pendant que la majorité de la population subit inflation, insécurité et chômage, certains empires économiques se consolident, à l’abri de toute reddition de comptes.
Jusqu’à quand ?
Ces situations posent une question centrale :
Haïti est-il encore gouverné par l’intérêt général, ou par des intérêts privés devenus plus puissants que l’État lui-même ?
Le silence des institutions, face à des dénonciations aussi graves, en dit long. Et pour beaucoup de citoyens, il devient clair que sans transparence, sans enquêtes indépendantes et sans courage politique, le pays restera prisonnier d’un système où la loi du plus fort remplace l’État de droit.
