Un million de dollars pour Izo : la prime du cynisme américain en Haïti

Les États-Unis savent traquer leurs ennemis aux quatre coins du globe. Ils savent inculper des présidents en exercice, extrader des barons de la drogue, neutraliser des chefs terroristes dans des zones de guerre. Mais en Haïti, à quelques heures de vol de la Floride, un chef de gang opère au grand jour — et Washington se contente d’offrir une prime.


Le  U.S. Department of State  a annoncé une récompense pouvant atteindre un million de dollars pour toute information menant à l’arrestation ou à la condamnation de Johnson « Izo » Andre, accusé d’avoir participé à l’enlèvement d’un citoyen américain le 18 mars 2023 à Port-au-Prince.
Un kidnapping de plus, dira-t-on.
Mais un symbole de trop.


Quand la superpuissance sous-traite la justice
Cette annonce s’inscrit dans le cadre du programme  Rewards for Justice , censé aider à lutter contre le terrorisme et le crime transnational. Or, en Haïti, elle sonne comme une étrange abdication : au lieu d’agir, Washington délègue.
Délègue à qui ?
À des citoyens terrorisés.
À des informateurs potentiels qui vivent dans des quartiers contrôlés par les gangs.
À des témoins que l’État haïtien est incapable de protéger.


Offrir un million de dollars dans un pays où dénoncer un chef de gang équivaut souvent à signer son arrêt de mort, ce n’est pas une stratégie : c’est un pari moralement discutable.


Deux poids, deux mesures
La comparaison est inévitable.
Les États-Unis ont publiquement inculpé Nicolás Maduro, imposé des sanctions massives, gelé des avoirs, mené des opérations judiciaires extraterritoriales contre des réseaux bien plus protégés qu’un gang haïtien.


Des narcotrafiquants mexicains, colombiens ou honduriens ont été arrêtés, extradés, parfois capturés dans des zones autrement plus complexes que les bidonvilles de Port-au-Prince.
Alors pourquoi Izo est-il toujours libre ?


Ce que Washington ne dit pas
Les autorités américaines savent où opèrent les principaux chefs de gangs haïtiens.
Leurs déplacements sont connus.
Leurs alliances sont documentées.
Leurs territoires sont identifiés.
Si aucune opération ciblée n’est menée, ce n’est pas par manque de capacités — mais par choix politique.


Haïti n’est pas une priorité stratégique.
Haïti est un risque contenu.
Haïti est toléré dans son chaos, tant que ce chaos ne traverse pas les frontières américaines autrement que par des communiqués diplomatiques.


Une récompense qui ressemble à un aveu
Un million de dollars pour Izo n’est pas un signal de fermeté.
C’est un aveu d’échec.
Échec de la communauté internationale à soutenir réellement les forces de sécurité haïtiennes.
Échec d’une diplomatie qui multiplie les déclarations mais évite l’action décisive.
Échec d’une approche qui préfère les primes à la responsabilité.


Pendant ce temps, les gangs étendent leur pouvoir, humilient l’État, rançonnent la population et transforment Haïti en laboratoire du laisser-faire sécuritaire.


La question qui dérange Washington
La vraie question n’est pas :
Qui va dénoncer Izo ?
La vraie question est :
combien de citoyens haïtiens devront encore mourir avant que les États-Unis cessent de traiter Haïti comme une note de bas de page de leur politique étrangère ?


Un million de dollars n’achètera ni la justice, ni la sécurité.
Il n’achètera que le silence gêné d’une superpuissance qui sait agir — mais choisit de ne pas le faire.

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