Décryptage · Rédaction Haiti OSINT · 1er novembre 2026
La feuille de route présentée par le MTPTC le 29 octobre vise 250 000 nouveaux raccordements et un taux d’accès à l’électricité de 60 % sur la période de 2027 à 2032. Le plan publié le lendemain par l’ANARSE précise les choix techniques qui doivent accompagner cette ambition : six réseaux régionaux, des solutions locales et des investissements progressifs.
Deux dates éclairent la démarche. Le document de planification porte la date d’août 2026. Sa présentation publique, lors de l’atelier organisé avec l’Unité technique d’exécution du ministère de l’Économie et des Finances et l’ANARSE, a eu lieu le 29 octobre. Sa mise en ligne, le 30 octobre, permet désormais de lire les hypothèses derrière les chiffres annoncés.
Adapter les équipements aux territoires
Le schéma retenu associe six réseaux régionaux à des mini-réseaux et à des systèmes solaires domestiques. L’ANARSE met aussi en avant le solaire avec stockage par batteries. Cette combinaison doit permettre de desservir des zones dont les besoins et la dispersion de l’habitat diffèrent fortement.
Concrètement, prolonger une ligne peut convenir à une localité proche des infrastructures. Un mini-réseau peut alimenter une communauté éloignée, tandis qu’un équipement solaire individuel répond à un habitat dispersé. Ces solutions n’offrent pas toutes les mêmes possibilités d’usage. Pour un ménage ou un atelier, le choix compte autant que l’existence d’un branchement : il détermine les équipements que le service pourra effectivement alimenter.
Un déploiement en deux phases
Le plan recommande de commencer par le corridor Nord, autour du Cap-Haïtien, afin d’éprouver le modèle technique et contractuel. La première phase combine réhabilitation et capacités nouvelles pour couvrir 20 % de la demande cible de chaque réseau. Ce pourcentage concerne la demande électrique définie par l’étude, et non la proportion de la population raccordée.
La seconde phase doit suivre l’utilisation réelle des installations, avec de nouveaux investissements lorsque leur taux d’utilisation approche 70 à 80 %. Cette méthode laisse une marge pour absorber la croissance. Elle cherche aussi à éviter de construire trop tôt des capacités coûteuses qui resteraient peu utilisées. Les jalons techniques du plan doivent donc être distingués des objectifs datés de la feuille de route.
Ce que couvre le chiffrage
Le total déjà quantifié atteint environ 5,7 à 5,9 milliards de dollars américains. Il comprend la production de première phase, les infrastructures de réseau des deux phases et les solutions décentralisées. La production supplémentaire de seconde phase reste à ajouter selon l’évolution de la demande. Présenter cette fourchette comme le coût définitif de l’ensemble du programme serait donc inexact.
L’appui financier de la Banque interaméricaine de développement mentionné par l’ANARSE concerne l’élaboration du plan dans le cadre du programme AMACEH. Il ne permet pas d’attribuer à la BID le financement intégral des travaux envisagés. Pour suivre leur réalisation, il faudra distinguer les estimations, les accords de financement signés, les marchés attribués et les décaissements.
Mesurer le service, au-delà du raccordement
Pour les usagers, un raccordement utile doit se traduire par une alimentation suffisamment régulière et adaptée aux besoins. Une petite entreprise qui conserve des aliments, par exemple, dépend aussi des heures de disponibilité et de la qualité du courant. Le nombre de branchements ne permet pas, à lui seul, de mesurer ce service.
Les prochains bilans devront donc préciser où les travaux commencent, quels clients sont desservis, à quel coût et avec quelle continuité d’alimentation. Ces éléments permettront d’évaluer les progrès du programme sans confondre une capacité prévue avec un service déjà disponible. Au 2 novembre, les sources consultées décrivent une stratégie et ses objectifs, pas un bilan de réalisations.
Sources et vérification
ANARSE, publication du 30 octobre 2026 · Plan de développement du secteur électrique, août 2026, résumé et tableau des investissements, pages 11 à 16 · Le Nouvelliste, compte rendu du 29 octobre 2026.
Mise à jour du 2 novembre 2026 : article enrichi par la lecture du plan, avec des précisions sur les phases, le périmètre des coûts et les indicateurs de suivi. Le compte rendu de l’atelier relaie les annonces du MTPTC ; il ne constitue pas une mesure indépendante de résultats.
Visuel : carte d’information originale Haiti OSINT, sans photographie d’événement ni image documentaire générée.



