Avec la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) ce 07 février, Haïti est entrée dans une nouvelle phase institutionnelle marquée par une concentration du pouvoir entre les mains d’Alix Didier Fils-Aimé. De fait, le pays se retrouve face à ce que beaucoup qualifient déjà de gouvernement monocéphale, une situation qui soulève de lourdes interrogations politiques et démocratiques.
La première grande décision du nouveau chef de l’exécutif n’est pas passée inaperçue : la révocation du ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Metellus. Une décision d’autant plus sensible que ce dernier avait été désigné par le CPT comme Premier ministre par intérim, dans un contexte où Alix Didier Fils-Aimé lui-même occupait ce poste.

Dès lors, une question s’impose : s’agit-il d’un simple réaménagement politique ou d’un acte de revanche ?
Cette révocation envoie un signal fort — et pour beaucoup, un signal inquiétant. Elle alimente la crainte d’un pouvoir où penser autrement, ou être associé à une alternative, devient un risque politique majeur. Va-t-on vers un exécutif où plus personne n’osera envisager une fonction publique sans craindre une sanction arbitraire ? Le débat mérite d’être posé.
Dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité, l’effondrement institutionnel et la défiance populaire, la priorité devrait être au dialogue national, à l’inclusion et à l’apaisement. Or, les premières décisions donnent plutôt l’image d’un pouvoir qui cherche à affirmer sa force par l’autorité, au lieu de la démontrer par des résultats concrets.
Car la véritable démonstration de force attendue par la population est ailleurs :
– permettre aux citoyens déplacés de rentrer chez eux en sécurité,
– neutraliser durablement les groupes armés,
– restaurer un minimum d’ordre et de confiance dans l’État.
Dans la même logique de rupture, le changement à la tête de la mairie de Port-au-Prince a également suscité de vives réactions. Le remplacement de Youri Chevry — cité dans un avis de recherche de la DCPJ selon des informations relayées — par André Salomon est perçu par certains comme une mesure nécessaire, par d’autres comme une décision précipitée, prise sans cadre institutionnel clair.
Pris dans leur ensemble, ces actes dessinent les contours d’un pouvoir centralisé, rapide dans l’action, mais faiblement soutenu par un consensus politique ou populaire. L’histoire haïtienne nous a pourtant appris que la concentration excessive du pouvoir, surtout en période de transition, mène rarement à la stabilité.
À ce stade critique, Haïti n’a pas besoin d’un homme qui montre sa force contre des adversaires politiques réels ou supposés.
Elle a besoin d’un leadership capable de rassembler, de sécuriser, et de préparer une sortie crédible de la transition.
La question reste ouverte :
sommes-nous à l’aube d’une restauration de l’autorité de l’État, ou au seuil d’une nouvelle dérive autoritaire ?
L’avenir immédiat nous le dira. Mais l’alerte, elle, est déjà lancée.
