Éditorial Haiti OSINT, du plan électrique au service rendu. Photo d’archives du lac de Péligre, Radix99, domaine public.

ÉDITORIAL | Électricité : la crédibilité se mesure au service rendu

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Un plan électrique donne au pays une direction. Pour devenir crédible, il doit aussi permettre à chacun de vérifier ce qui sera financé, construit, raccordé et effectivement alimenté.

Haïti a besoin de penser son électricité au-delà de la prochaine livraison de carburant. Le plan publié par l’ANARSE le 30 octobre offre cette occasion. Notre exigence doit être à la hauteur de cette ambition : transformer une architecture nationale en engagements publics que les usagers pourront suivre. La bonne question devient alors très concrète : quel service, pour qui, à quel coût et avec quelle régularité ?

Le document, daté d’août 2026, propose six réseaux régionaux, complétés par des mini-réseaux et des systèmes solaires domestiques. Il recommande de commencer par le corridor Nord, autour du Cap-Haïtien, pour éprouver le modèle technique et contractuel avant de l’étendre. Son chiffrage quantifiable atteint environ 5,7 à 5,9 milliards de dollars, sans inclure la production de la deuxième phase. Il s’agit d’un besoin d’investissement estimé. Ce montant ne prouve ni un financement signé ni un décaissement.

Cette distinction compte pour une famille qui paie son énergie, pour un commerçant qui doit conserver des produits au froid ou pour un établissement de santé qui dépend d’une alimentation régulière. Une connexion peut ouvrir des possibilités. Si le courant reste imprévisible ou si le tarif devient inaccessible, une partie du bénéfice attendu disparaît. Le suivi doit donc porter sur la continuité du service, la qualité de l’alimentation, le coût réellement supporté et les délais de réparation, autant que sur les équipements installés.

L’actualité internationale rappelle pourquoi cette transformation mérite une stratégie durable. Le 1er novembre, sept membres de l’OPEC+ ont décidé de maintenir pour décembre leurs niveaux de production requis de septembre. Cette décision ne fixe aucun nouveau prix à la pompe en Haïti. Les cours des produits raffinés, le transport, le change et la fiscalité interviennent aussi. Elle rappelle toutefois qu’un système tributaire des combustibles importés reste exposé à des décisions et à des chocs extérieurs.

Du solaire associé au stockage peut réduire cette exposition. Il faut encore financer les batteries, entretenir les installations, former les techniciens et organiser le recouvrement. Un projet acheté en dollars puis rémunéré en gourdes doit aussi expliquer comment il absorbera le risque de change. Sans règles lisibles, ce risque peut se retrouver dans les tarifs, dans les finances publiques ou dans une dégradation du service. Aucune de ces issues n’est inévitable. Toutes méritent une réponse avant les engagements les plus lourds.

Il existe un argument sérieux contre une exigence excessive de garanties immédiates : aucun pays ne construit un système électrique en attendant que chaque dollar soit déjà disponible. Une vision de long terme aide à coordonner les investisseurs et à éviter des installations incompatibles. Le plan propose d’ailleurs une expansion liée à la demande effective. Il serait dommage de réduire ce travail à une promesse de plus sans examiner ses choix.

Mais cette vision gagnera en force avec une première étape vérifiable. Pour le corridor Nord, les autorités pourraient publier un périmètre précis, un responsable identifié, les financements effectivement engagés, les procédures contractuelles et une situation de départ. Un tableau de bord régulier permettrait ensuite de comparer les annonces aux raccordements actifs et aux heures de service. Les habitants des zones éloignées doivent aussi savoir selon quels critères ils auront accès à un réseau, à un mini-réseau ou à une solution domestique, et comment les ménages modestes seront pris en compte.

À court terme, réhabiliter et entretenir peut produire des gains utiles pendant que se prépare l’expansion. À moyen terme, une alimentation fiable peut réduire les interruptions d’activité, soutenir la conservation des aliments et rendre certains investissements plus viables. Ces effets restent conditionnels : sécurité des installations, maintenance, gouvernance et capacité de paiement comptent ensemble.

Des contrats transparents, des ressources mobilisées et une amélioration durable du service renforceraient notre confiance. Des échéances repoussées sans explication ou des coûts transférés aux usagers sans résultat l’affaibliraient. Le plan mérite donc une mise à l’épreuve publique, rigoureuse et suivie. C’est ainsi que l’ambition peut devenir un service auquel les citoyens ont des raisons de croire.

Hernan Desriaux

Sources et repères

ANARSE, publication du 30 octobre 2026 et plan daté d’août 2026, résumé exécutif, pages 11 à 16

OPEC, décision du 1er novembre 2026

Image : lac de Péligre, photographie d’archives de Radix99, versée au domaine public. Mise en ligne sur Wikimedia Commons le 8 juin 2007 ; date de prise de vue non établie. Recadrage, traitement de contraste et habillage éditorial Haiti OSINT. Cette image ne documente pas les travaux proposés dans le plan. Provenance et droits.

À lire aussi : Ce que prévoit le plan électrique et sa feuille de route.

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