Haïti s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’insécurité, la violence et la désintégration de l’autorité de l’État. Des quartiers entiers échappent toujours au contrôle des forces publiques, les déplacements forcés se multiplient, l’économie est paralysée et la population vit dans une peur permanente.
Pourtant, pendant que le pays brûle, la diplomatie internationale applaudit.
L’arrivée et le maintien du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ont suscité une vague d’enthousiasme rarement observée au sein des instances diplomatiques : ambassade des États-Unis, Canada, Union européenne, OEA, entre autres. Communiqués positifs, messages de soutien, signaux d’encouragement… Un contraste saisissant avec la réalité vécue par la majorité des Haïtiens.
Deux Premiers ministres, deux traitements
La comparaison est inévitable.
La révocation de l’ancien Premier ministre Gary Conille s’est opérée sans difficulté majeure, presque dans l’indifférence internationale. Aucun concert de félicitations, aucune mobilisation diplomatique notable. Une transition rapide, silencieuse, sans véritable résistance.
À l’inverse, Alix Didier Fils-Aimé semble bénéficier d’un parapluie diplomatique solide, malgré l’absence d’amélioration tangible sur les principaux fronts : sécurité, gouvernance territoriale, conditions de vie de la population.
Cette différence de traitement pose une question fondamentale : qu’est-ce qui motive réellement le soutien international ?
Un pays en crise, une “stabilité” saluée
Sur le terrain, les indicateurs sont alarmants.
Les violences armées persistent, des zones stratégiques restent hors du contrôle de l’État, et l’insécurité continue de dicter le quotidien des citoyens. Aucune rupture claire, aucun signal fort de reprise en main effective.
Pourtant, dans les discours diplomatiques, le mot revient avec insistance : stabilité.
Mais de quelle stabilité parle-t-on ?
Celle du citoyen haïtien, exposé chaque jour à la violence ?
Ou celle des partenaires internationaux, soucieux avant tout d’un interlocuteur politique coopératif, prévisible et aligné sur certains agendas régionaux et sécuritaires ?
Le soutien international, un miroir déformant
L’histoire récente d’Haïti montre que les soutiens internationaux ne sont jamais neutres. Ils répondent souvent à des intérêts stratégiques, parfois éloignés des priorités populaires. Lorsque les violences augmentent mais que les félicitations diplomatiques s’intensifient, le décalage devient troublant.
L’euphorie observée autour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé contraste dangereusement avec l’absence de résultats concrets pour la population. Elle donne l’impression que la performance d’un gouvernement se mesure davantage à sa capacité à rassurer les chancelleries qu’à protéger les citoyens.
Haïti brûle, et la question demeure
Pendant qu’Haïti brûle, la diplomatie applaudit.
Ce paradoxe résume le malaise actuel : un pays à genoux, mais un exécutif largement soutenu à l’international.
Alix Didier Fils-Aimé gouverne-t-il prioritairement pour répondre à l’urgence sécuritaire et sociale des Haïtiens, ou pour satisfaire des partenaires étrangers en quête de stabilité politique à moindre coût ?
Tant que cette question restera sans réponse claire, la méfiance persistera. Et le fossé entre le peuple haïtien et un pouvoir validé de l’extérieur continuera de se creuser, au risque de prolonger une crise dont les premières victimes restent, encore et toujours, les Haïtiens eux-mêmes.
