De la Cour au Montana : les lignes de la transition se tracent ailleurs

La transition politique haïtienne continue de se construire loin des institutions censées en être le socle. Le rejet catégorique, par les juges de la Cour de cassation, des propositions visant à les porter à la tête de la prochaine transition marque un tournant révélateur : le centre de gravité du pouvoir s’est définitivement déplacé.


Refusant de connaître le même sort que le juge Joseph Mécène Jean-Louis, les magistrats ont choisi la prudence. Selon plusieurs sources, cette décision ne relève pas uniquement d’une posture institutionnelle, mais s’inscrit dans un contexte de pressions claires. La communauté internationale aurait fait savoir sans détour qu’il n’était pas question pour la Cour de cassation de s’engager dans une dynamique politique. Un signal fort, qui a suffi à refermer la porte à toute option judiciaire dans l’architecture de la transition.


Face à cette fin de non-recevoir, les acteurs politiques porteurs de l’initiative dite « 4 Avril » ont rapidement réorienté leur stratégie. Constatant l’impossibilité d’imposer une solution issue des institutions formelles, ils auraient décidé de rejoindre le dialogue déjà engagé entre quatre protagonistes politiques, dans le cadre des discussions menées à l’hôtel Montana.


Ce lundi, la présence remarquée de Jean Renel Sénatus à ces échanges confirme ce glissement. L’hôtel Montana, déjà au cœur de précédentes tentatives de sortie de crise, s’impose une fois de plus comme un espace parallèle de décision, où se redessinent les contours du pouvoir, loin des mécanismes constitutionnels traditionnels.
Selon Lesly Voltaire, une synthèse de cette réunion pourrait être rendue publique ce mardi. Mais au-delà des annonces attendues, une réalité s’impose : la transition haïtienne ne se décide plus à la Cour de cassation, mais dans des cercles de négociation validés en dehors du cadre institutionnel national.


De la Cour au Montana, les lignes de la transition se tracent ailleurs. Et avec elles, se pose une question fondamentale : quelle place reste-t-il aux institutions haïtiennes dans un processus où les arbitrages majeurs semblent déjà faits ?

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