CPT, accords stériles et luttes d’ego : chronique d’un naufrage politique

Vingt-deux mois. C’est le temps qu’aura duré l’expérience du Conseil présidentiel de transition (CPT). Vingt-deux mois de promesses, de conférences de presse, d’accords politiques successifs… pour finalement aboutir à un échec retentissant. Non seulement le CPT quitte le pouvoir sans résultats tangibles, mais il laisse derrière lui un pays plus fracturé, plus appauvri et plus désabusé que jamais.


Dès le départ, la transition s’est construite sur des bases fragiles. Très vite, le pouvoir provisoire s’est transformé en espace de prédation politique. Trois conseillers-présidents ont été publiquement mis en cause dans une affaire de 100 millions de gourdes, selon des révélations de le directeur général de la Banque nationale de crédit (BNC). Un scandale qui symbolise la dérive d’un pouvoir censé assainir l’État, mais qui s’est plutôt illustré par l’enrichissement illicite et la dilapidation des fonds publics.


Au lieu de s’attaquer aux urgences nationales, le CPT a entretenu un système de vente de postes au sein de l’administration publique, transformant l’État en butin à partager. Pendant que le peuple faisait face à l’insécurité, au déplacement forcé et à la misère, certains dirigeants assuraient surtout la sécurité de leurs poches, loin de celle des citoyens.


La promesse centrale — le retour de la sécurité — n’a jamais été tenue. Les gangs ont consolidé leur emprise, les zones de non-droit se sont multipliées et l’autorité de l’État s’est encore davantage effritée. La transition, censée stabiliser le pays, a contribué à normaliser le chaos.
Sur le terrain électoral, le constat est tout aussi accablant. Le CPT avait promis des élections. À la place, le pays a assisté à une succession d’accords politiques sans lendemain, de réunions interminables et de conférences de presse creuses.

Chaque camp prétendait agir au nom du peuple, mais tous semblaient surtout préoccupés par la préservation de leurs intérêts personnels.
Pire encore, lorsque les institutions de contrôle ont tenté de jouer leur rôle, elles se sont heurtées au pouvoir. La tentative de révocation du directeur de l’ULCC, alors que cette institution avait engagé des poursuites contre certains dirigeants, a révélé un fait inquiétant : dans cette transition, la lutte contre la corruption est devenue une menace pour ceux qui gouvernent.


Mais le naufrage ne peut être imputé au seul CPT. Il reflète un échec plus large de la classe politique haïtienne, incapable de se serrer les coudes autour de l’intérêt général. Tous dénoncent l’ingérence étrangère, jurent ne pas vouloir se faire dicter leur conduite, mais dans les faits, ils se divisent, se neutralisent et s’affrontent pour le pouvoir. Résultat : le pays recule, et l’étranger avance.


Divisée, obsédée par les calculs personnels et incapable de vision collective, la classe politique a une fois de plus offert le pays sur un plateau, non par complot extérieur, mais par ses propres contradictions.
Aujourd’hui, le CPT s’efface. À cette heure, le Premier ministre reste le seul chef effectif de l’exécutif. Toute la question est désormais de savoir s’il aura la capacité politique, l’autorité morale et le courage institutionnel de rompre avec ce cycle d’échecs, de restaurer un minimum de gouvernance et surtout de conduire le pays vers de véritables élections.
Après 22 mois de transition ratée, une chose est claire : le problème n’était pas seulement le CPT, mais un système politique incapable de mettre le peuple avant le pouvoir.

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